Jean-François Copé, actuel maire de Meaux, ancien ministre, figure des Républicains, nous livre une analyse du populisme en France, qu’il soit d’extrême-gauche ou d’extrême-droite et propose un traitement pour le combattre. Réaliste, pragmatique, fort de son expérience, il propose dans son livre plusieurs réformes pour recréer de la confiance entre les Français et leurs dirigeants. Il ne cache pas des vérités qui sont parfois difficiles à entendre mais pense que notre pays a des atouts pour affronter les défis de demain. Mais pour cela, il faut une vision, une nouvelle manière de gouverner. Ce que les populistes ne proposent jamais.
Le résumé
La dissolution décidée par Emmanuel Macron en 2024 a accéléré la montée des populismes en France. Dans ce livre, Jean-François Copé veut montrer comment prospèrent les populistes, comment ils se nourrissent des crises, et pourquoi ils ne répondent pas aux besoins des Français.
Il commence cette première partie, sur une note plutôt optimiste : notre pays va bien. La France a des atouts, et lorsqu’il y a une crise, ou un défi à relever, comme celui des Jeux Olympiques de Paris 2024, nous savons y répondre malgré les oiseaux de mauvais augure. Mais rapidement, l’asymétrie qui existe entre les populistes et les partis de gouvernement s’impose. Il pointe trois causes à la montée du populisme en France. Tout d’abord, l’insincérité qui a commencé sous la présidence de François Hollande qui avait le monde de la finance comme « adversaire », et qui s’est poursuivie sous Nicolas Sarkozy qui n’était pas clair dans son positionnement à droite, avec la nomination de ministres de gauche. Il regrette aussi un manque de leadership chez les dirigeants politiques, un point qu’il développe tout le long de son livre en revenant sur l’interdiction du cumul des mandats. En résumé, tout est fait pour dissuader les meilleurs de s’engager en politique. Enfin, la troisième cause est le procès en manque d’efficacité fait aux partis de gouvernement. Jean-François Copé dénonce aussi la mansuétude que les médias et l’ensemble des Français témoignent pour les populistes alors qu’ils se montrent plus sévères envers les partis de gouvernement (et n’hésite pas alors à revenir sur le fameux épisode du prix des pains au chocolat à quinze centimes). Il aborde par la suite les méthodes des populistes basées sur la simplification à outrance, la généralisation et la recherche de boucs-émissaires. S’il classe LFI et le RN parmi les populistes, il convient que les deux n’ont pas la même stratégie, celle de l’extrême-gauche vise le chaos tandis qu’au contraire le RN cherche la respectabilité.
Dans son quatrième chapitre et dernier de sa première partie, Jean-François Copé s’interroge sur les raisons qui font que les populistes, qu’il appelle « les charlatans » sont si nombreux aujourd’hui. Il pointe bien sûr le rôle des réseaux sociaux qui incitent à « l’enfermement, la désinformation et la radicalisation ». Le monde se fragmente. Pour Jean-François Copé, les partis de gouvernement doivent investir le numérique, mais non pas pour faire de la caricature comme les populistes, mais pour expliquer, présenter des idées.
Jean-François Copé pointe aussi la responsabilité du Président Macron dans la montée du populisme, qui se serait désintéressé du régalien. Après la dissolution et les élections législatives de 2024, Copé se prononce pour la démission d’Emmanuel Macron, ce qui aurait apporté, selon lui, de la stabilité à la politique française, avec un cap défini par le nouveau président.
La deuxième partie de son livre, peut-être la plus intéressante, est consacrée aux sept péchés qui ont permis au populisme de prospérer en France. Le premier d’entre eux, selon Jean-François Copé, est celui du tabou de la (in-)sécurité. La sécurité est la clef de toute société, et les Français se sentent aujourd’hui en insécurité. Il voit trois réponses, concrètes, à apporter. Tout d’abord, l’armement des polices municipales, comme il l’a fait à Meaux, pour apporter la tranquillité dans tous les quartiers. Cette police municipale doit aussi pouvoir travailler en étroite collaboration avec le parquet, les bailleurs sociaux, les lycées. La deuxième réponse est le recours aux technologies dont la vidéosurveillance mais aussi l’usage des drones. Le dernier tabou qu’il pointe concerne le lien entre immigration et insécurité : il ne faut pas laisser ce débat aux seuls populistes qui ont une vision fausse, à l’extrême-gauche et à l’extrême-droite de cette question. On peut regretter cependant qu’il n’aborde la justice pourtant essentielle pour traiter de l’insécurité.
Dans sa liste des tabous, le deuxième, celui de la dette et des finances publiques est particulièrement bien traité. Jean-François Copé rappelle que les dépenses publiques sont malheureusement une réponse à tout dans notre pays. Si le « quoi qu’il en coûte » s’est révélé nécessaire durant la crise du Covid, on n’y a pas mis fin par la suite et on a laissé filer le déficit. Il voit trois pistes pour des réformes structurelles à mener. Tout d’abord, il faut taxer plus justement : il faut donc taxer plus équitablement. Il faudrait aussi une hausse de la TVA couplée avec une baisse des charges sociales. Et enfin, il faut une réduction des dépenses publiques, en supprimant l’emploi à vie dans la fonction publique, revoir le contour de certaines agences, et surtout s’atteler à une véritable réforme des retraites.
Le troisième péché concerne l’école. Jean-François approuve les réformes qui ont été inaugurées sous Jean-Michel Blanquer, mais pour le maire de Meaux, ces réformes ne sont pas complètes. Il faut faire confiance aux chefs d’établissement, c’est pour cela qu’il veut plus d’autonomie pour les écoles, et veut revenir sur le collège unique. Il veut aussi une meilleure rémunération pour les enseignants, mais aussi un engagement plus fort de leur part.
Jean-François Copé continue en s’intéressant aux rapports entre politique et écologie. Il ne conteste pas le changement climatique mais regrette que les dirigeants politiques cèdent trop souvent à « l’activisme d’une minorité », qui a mis en péril notre modèle industriel (basée sur une énergie propre et peu chère : le nucléaire). Ce qu’il veut, c’est du pragmatisme, qui nourrit une vision à long terme.
Il dénonce aussi le communautarisme et une certaine instrumentalisation des musulmans en France. Ces derniers constituent une cible de choix pour les populistes de tous bords qui les victimisent ou les stigmatisent. Sur le voile dans l’espace public, il défend, là encore, une position pragmatique et se prononce contre son interdiction (mais approuve l’interdiction du voile intégral). Sur la liberté de culte, il s’agit de respecter le culte des autres et les lois de la République. Pour lui, les musulmans partagent de nombreuses valeurs de la droite (ordre, sécurité, réussite), la droite doit donc leur parler, mais aussi continuer à lutter contre le fondamentalisme.
Comme d’autres dirigeants politiques, Jean-François Copé aborde aussi le phénomène de l’intelligence artificielle qui va révolutionner nos vies et nos emplois. Ce qui manque aujourd’hui à la France, c’est une vision. Pour les populistes de gauche, l’intelligence artificielle signifie la fin du travail, ou encore des critères écologiques et protection des données personnelles. Pour l’extrême droite, l’IA peut remplacer l’immigration. Jean-François Copé ne partage pas cette vision, la France et l’Europe doivent s’adapter à cette révolution, elles peuvent même en être les leaders si on arrive à actionner trois leviers : 1) rendre notre cadre réglementaire moins contraignant pour l’innovation, 2) développer des alliances stratégiques avec d’autres régions comme le Moyen-Orient, 3) créer de nouvelles opportunités de financements notamment après avoir créé une union des marchés de capitaux en Europe.
L’Europe, c’est justement le sujet de son dernier chapitre de sa partie consacrée à nos péchés capitaux. L’Europe doit s’adapter et se protéger face aux menaces du monde. Le droit est aujourd’hui subordonné à la force, et nous devons donc renforcer notre souveraineté. Il milite pour une logique de cercles de pays volontaires (une Europe à plusieurs vitesses ?), où certains pays iraient plus vite que d’autres dans l’intégration.
Dans la troisième partie de son livre, Jean-François Copé présente plusieurs mesures qui permettront de lutter efficacement contre le populisme. Mais tout d’abord, il revient sur certaines expériences du populisme à l’étranger qui peuvent être présentées comme des succès par certains partis en France. Tout d’abord Donald Trump dont le bilan est en trompe l’œil, les effets de son second mandat seront négatifs sur le long terme. Puis, Javier Milei, dont une certaine droite libérale veut s’inspirer. Mais pour Copé, l’Argentine (qui était auparavant gouvernée par des populistes de gauche) n’est pas la France, la situation est trop différente. D’autre part, l’Argentine actuelle perd de son indépendance, puisque les mesures menées par Javier Milei sont financées par l’aide américaine. Le dernier exemple est celui de Georgia Meloni, mais l’Italie souffre d’une faible croissance, et surtout Meloni est revenue sur certains de ses points de son credo : euroscepticisme et fin de l’immigration.
Pour Jean-François Copé, un point essentiel est de prendre le temps d’expliquer les choses. Cela doit être « le travail quotidien des responsables politiques », sans céder à la simplification. C’est-à-dire, expliquer par exemple les mutations du monde agricole, expliquer que non tous les jeunes ne sont pas des délinquants, expliquer aux « Nicolas qui paient » qu’eux aussi reçoivent le soutien de la République, expliquer aux retraités que le report de l’âge de la retraite ne sera pas suffisant pour régler le problème des retraites et qu’il faut développer une capitalisation collective.
L’idée centrale de Jean-François Copé est qu’il faut développer un nouveau contrat social. Celui-ci serait basé sur plus de travail et plus d’ordre. Une des idées maîtresses de Copé est que les Français travailleraient une demi-journée de plus chaque semaine, mais rémunérée en salaire brut.
Il veut aussi changer la manière de gouverner. Depuis plus de vingt ans, les dirigeants politiques ne gèrent que l’urgence, et ne prévoient plus l’avenir. D’autre part, notre système parlementaire fait que l’adoption de lois qui réformeraient le pays est très lente, c’est pour cela que Jean-François Copé propose que les grandes propositions formulées dans le programme du prochain président de la République soient adoptées par ordonnance dans les premiers mois de son mandat. Pour enfin avancer. Jean-François Copé aimerait aussi revenir sur la fin du cumul des mandats décidée par François Hollande, et pense qu’être un professionnel de la politique n’est pas une insulte. Beaucoup aujourd’hui manquent d’expérience. Parmi les autres mesures, il souhaiterait la création d’une taxe de résidence qui remplacerait la taxe foncière et la taxe d’habitation pour donner plus d’autonomie aux communes ; de même il se prononce pour une véritable régionalisation (et non l’entre-deux que l’on connait actuellement), avec des régions aux compétences claires.
Un duel entre LFI et le Rassemblement National au second tour des élections présidentielles de 2027 n’est pas inéluctable. C’est en tout cas l’avis de Jean-François Copé. Mais pour cela il ne faut pas placer le débat sur le plan « moral », mais il faut continuer à lutter contre le populisme. Pour Jean-François Copé, le parti socialiste a déjà baissé les armes et a rejoint LFI vers le populisme. A droite, certains sont séduits par le RN, mais Jean-François Copé, en rappelant les mots de Jacques Chirac sur l’extrémisme, appelle à comprendre, à discuter, à mettre à l’épreuve les faux remèdes des charlatans, et affirme que rien n’est joué d’avance.
Notre analyse
Beaucoup de Français, notamment de ma génération, se souviennent (malheureusement) de Jean-François Copé pour sa bourde sur les prix des pains au chocolat en 2016 et l’image peu reluisante de la politique que lui et François Fillon ont offerte lors de leur affrontement pour la présidence de l’UMP en 2012. Et de ce fait, il a peut-être participé à la création d’une certaine distance entre les Français et les partis de gouvernement. Mais dans ce livre, on découvre un homme politique responsable qui a à cœur de combattre le populisme ambiant et qui formule des propositions réalistes pour son pays. C’est avec intérêt et plaisir que l’on peut découvrir les réflexions du maire de Meaux sur les menaces que font peser les populistes de tous bords. Dans ce livre, Jean-François Copé n’hésite pas à parler vrai, à pointer ce qui fait mal, mais aussi à faire son auto-critique.
Son diagnostic sur le populisme semble juste. Si le combat est possible, il sait aussi qu’il sera difficile, car les populistes ne sont pas attachés à la réalité et ont pour eux les réseaux sociaux. Il met en garde ses collègues de la droite qui seraient tentés de travailler avec les populistes d’extrême-droite. Il a un regard assez critique sur François Hollande, Nicolas Sarkozy et Emmanuel Macron. Il semble approuver la politique internationale du président actuel (ou au moins les efforts menés), mais regrette son manque d’expérience sur la scène nationale, et surtout ne comprend pas la dissolution de 2024.
Pour combattre le populisme, le mieux, c’est agir. Dire aux Français ce qui peut être réalisé ensemble. Oui, cela demandera des sacrifices, car les efforts nécessaires n’ont pas été réalisés auparavant. Il faut réformer le pays. Il liste quelques mesures phares : un rallongement du temps de travail hebdomadaire (mais non imposé), une TVA sociale accompagnée d’une baisse des cotisations patronales, une plus grande autonomie accordée aux régions. Sur les retraites, il propose une capitalisation collective qui permettrait de financer des investissements dans des secteurs clés dont l’IA et ainsi de réindustrialiser le pays. On retrouve là une mesure qui est aussi défendue par Jean-Michel Blanquer dans « Civilisation française ». Il s’agit d’un programme de droite mais qui semble loin d’un Javier Milei. Jean-François Copé privilégie la réflexion, la pédagogie, un mot qui apparaît souvent dans son livre.
Il revient à plusieurs reprises sur la fin du cumul des mandats, une mesure qu’il désapprouve, et fait de l’expérience une qualité majeure pour un politique. Personnellement, comme beaucoup de Français, c’est un point qui m’est plus difficile à entendre, et qui ferait que nos élus soient choisis non pas sur leurs qualités et leurs programmes, mais sur leur expérience (c’est-à-dire leur capacité à mobiliser un réseau, comme il l’écrit, cet donc à faire du lobbying ?).
L’ensemble est bien écrit, il partage son expérience au gouvernement mais aussi et surtout d’élu local. Jean-François Copé veut libérer les territoires, pour lui, beaucoup de solutions sont à mettre en place au niveau local.
C’est un livre qui j’espère pourra inspirer d’autres dirigeants et pourquoi pas des candidats aux prochaines élections présidentielles ?
COPE, Jean-François. Quand les populistes Trahissent le peuple. Paris : Editions Plon, 2026. 256 p.
Jean-François Copé est maire de Meaux depuis 1995. Il est une figure majeure de la droite française tout d’abord au RPR, puis à l’UMP (en tant que secrétaire général de 2010 à 2012) et enfin chez les Républicains (depuis 2015). Après avoir rempli plusieurs fonctions ministérielles sous le Président Jacques Chirac, Jean-François se présente à la primaire présidentielle des Républicains en 2016 sans succès.
Aujourd’hui, il intervient régulièrement sur les plateaux-télé, et partage dans ce livre son combat contre le populisme.


