« Alerte sur la France qui vient » de François Bayrou

François Bayrou lance un cri d’alarme face à l’endettement et aux fragilités de la France, et appelle à une réforme de notre modèle social.

Ce livre est un cri d’alarme de la part de l’ancien Premier ministre François Bayrou qui nous alerte sur une possible future crise financière qui frapperait la France en raison de son endettement.

Le résumé

François Bayrou est l’un des premiers à s’être soucié de la dette comme il le rappelle, cela « l’obsède depuis cinquante ans ». Ce n’est pas tant le montant de notre dette qui est problématique que sa nature. François Bayrou distingue une dette qui résulterait d’investissements d’une autre qui servirait à payer nos dépenses courantes ; et malheureusement pour la France, nous sommes dans le second cas. Toute la première partie de ce livre est consacrée au problème de la dette. Il revient sur l’histoire de notre dette et fait des parallèles avec des exemples historiques comme celle qui a résulté de notre défaite face à la Prusse en 1871. Il liste aussi les différents grands emprunts nationaux dont la série s’est terminée en 1993 avec l’emprunt Balladur.  François Bayrou explique comment s’est produit l’accélération de la dette sous Nicolas Sarkozy, suite à la crise des subprimes, puis durant la pandémie du Covid avec le principe du « quoi qu’il en coûte » d’Emmanuel Macron. Il remarque qu’il n’y a pas eu de remise en cause des politiques menées par Emmanuel Macron par les oppositions, mais il regrette que le pays ait continué à s’endetter après la crise.

Alors que certains, à l’extrême-gauche, s’interrogent sur la nécessité de rembourser ou non notre dette, François Bayrou affirme qu’un défaut de paiement de la France serait catastrophique : nous ne pourrions alors plus financer nos dépenses courantes. Si les pays du Sud de l’Europe ont réorganisé leurs finances après la crise des subprimes, ce n’est pas le cas de la France qui a continué à vivre au-dessus de ses moyens, notamment en offrant de nombreuses prestations « gratuites » avec de l’argent issu de taxes, d’impôts. En cela, nous sommes tous responsables de la situation actuelle, nous avons préféré fermer les yeux pour notre confort.   

François Bayrou poursuit sa démonstration dans une partie intitulée « Partir du réel » dans laquelle il aborde la question du financement des retraites et de notre modèle social. Il part du constat suivant : au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, quand notre système par répartition est mis en place, nous avions 4 actifs pour 1 retraité : aujourd’hui, le rapport a dramatiquement évolué, et il n’y a plus que 1,7 actif pour 1 retraité. Nous empruntons aujourd’hui pour payer les retraites, nous ne pouvons pas comme par le passé dévaluer notre monnaie, à cause ou grâce à l’euro. François Bayrou écrit que notre dette, « c’est nous tous qui l’avons réclamé », mais un jour nous devrons payer, et notre situation économique et démographique fait que l’échéance arrive bientôt, l’argent sera alors « rare et cher ».

Dans une troisième partie, François Bayrou revient sur son court mandat de Premier ministre (moins d’un an, de décembre 2024 à septembre 2025). Il déplore la médiocrité des hommes et femmes politiques qui cherchent à lui nuire plutôt qu’à coconstruire des solutions dans un contexte de crise financière. On le sent amer et déçu par cette expérience. Comme il l’écrit, son but n’était pas de durer, mais de proposer une réforme des retraites pour atteindre un équilibre budgétaire, mais surtout, à court terme, de faire adopter la loi de finances budgétaire et la loi de finances de la sécurité sociale. Il va convoquer les partenaires sociaux en conclave pour tenter d’obtenir un accord sur une réforme des retraites. Mais après quatre mois de négociation, les discussions se soldent par un échec. Pour François Bayrou, cet échec est dû à un blocage du MEDEF sur la question de la pénibilité au travail. On note que malgré ce refus, François Bayrou voulait présenter ce projet aux Français par référendum, mais le Président s’y oppose.

Sa description de ses rapports avec le Président Macron est instructive : il ne se présente pas comme macroniste, -il ne l’a jamais été-, mais considère Emmanuel Macron à la hauteur de sa fonction,  il le trouve séduisant sinon séducteur, et le qualifie de « Mensch ». Mais il insiste bien sur le fait qu’il n’y a pas de lien de dépendance entre eux, mais plutôt une alliance. Alors qu’il est en poste à Matignon, éclate l’affaire Bétharram, un scandale de violences et d’abus sexuels commis dans un collège des Pyrénées-Atlantiques. François Bayrou est accusé d’avoir couvert l’établissement religieux. Son innocence est prouvée en commission parlementaire, mais il sort profondément meurtri par ces accusations. Il écrit ainsi : « J’avais gagné, mais j’avais perdu ». Car le soupçon fait mal et détruit une réputation. 

François Bayrou poursuit en dédiant la quatrième partie de son livre à la recherche de la vérité.  On peut dire que c’est son credo. La vérité peut faire mal, mais pour lui, les Français méritent qu’on leur parle de manière honnête, qu’on arrête de leur mentir. Oui, la situation est grave, mais il faut « oser affronter les vents contraires ». Il se penche sur le phénomène « des gilets jaunes » qu’il explique par trois facteurs. Le premier est une recherche de reconnaissance. Une partie de la population ne se sent plus représentée par nos institutions. La deuxième explication réside dans la solitude grandissante de la société, les gilets jaunes se sont ainsi créé une société. Enfin, le dernier facteur est bien le coût élevé de la vie et le fait que les augmentations du prix du carburant ont été perçues comme aggravant la fracture entre Paris et la province.  Ce dernier point l’amène à discuter de l’appauvrissement que la France est en train de connaître. Pour François Bayrou, il y a deux explications à ce phénomène. Premièrement, contrairement à nos voisins européens, nous ne faisons rien pour rendre le pays attractif à l’international. Si nous arrivons toujours à attirer des investisseurs, nos politiques rebutent les grandes entreprises à y implanter leurs sièges sociaux.  Secondement, nous travaillons moins, par exemple que les Hollandais, qui eux s’enrichissent.   

Dans une cinquième partie, François Bayrou présente les autres menaces que la dette, qui pèsent sur notre pays. Il parle de débâcle, de fin de la stabilité, et compare même notre situation à celle de la fin de l’Empire romain. Il distingue quatre autres « chevaliers de l’apocalypse » qui accompagnent la dette. Ce sont les questions liées à l’immigration et l’intégration, la montée des menaces dans le monde, le changement climatique et le développement de l’intelligence artificielle.

Il revient ainsi sur le concept de laïcité que la France a inventé et que l’on doit chérir. Il compare la laïcité à la sève qui irrigue toute notre société ; elle permet le pluralisme. Mais François Bayrou insiste sur le fait que ce pluralisme se fait à deux. Il doit être respecté par tous, sans exception.

François Bayrou s’inquiète aussi de l’état du monde, notamment suite à l’agression russe envers l’Ukraine qui a chamboulé notre alliance avec les Etats-Unis. Il écrit que « toutes les relations internationales sont devenues précaires ». Cette violence à l’international se reflète aussi dans notre société. En politique, cette violence se traduit par un durcissement, et donc fait le jeu des extrêmes, qui se nourrissent l’un l’autre. Au contraire, François Bayrou, centriste par excellence, fait l’éloge de la modération. Cette violence est la conséquence, selon lui, de deux facteurs. Le premier est l’anonymat qui règne sur les réseaux sociaux et qui alimente l’extrémisme. S’il ne mentionne pas la fin de l’anonymat sur internet, on comprend qu’il en souhaiterait tout de même la fin. Le deuxième facteur est celui de la recherche d’un bouc-émissaire. A l’extrême-droite, ce sont l’immigration et l’Europe qui sont pris pour les boucs émissaires de tous nos maux. François Bayrou ne conteste pas le fait que l’immigration et l’Europe restent des sujets à aborder, à réformer. Mais ils ne constituent qu’une part infime de notre endettement, et peuvent être aussi des leviers d’enrichissement pour notre économie. Ce n’est pas en supprimant l’AME ou en réduisant drastiquement l’immigration dont les entreprises ont besoin, selon François Bayrou, que l’on réduira notre endettement. Nous ne sommes pas du tout sur les mêmes ordres de grandeur. De même, réduire notre contribution au budget de l’Union européenne serait une décision qui n’aurait que peu d’impacts sur le rétablissement de nos finances publiques. Au contraire, pour François Bayrou, face aux menaces actuelles, nous avons besoin d’une Europe plus forte. 

De même, la taxation des « riches » voulue par l’extrême-gauche n’est pas réaliste. Il prend l’exemple des nationalisations, telles que pratiquées en 1981 après l’élection de Mitterrand, qui ont coûté très cher et qui ont enrichi les milliardaires, car des indemnisations doivent leur être versées. Il note aussi que la fameuse taxe Zucman ne rapporterait que 10 milliards sur les 150 milliards de dettes que nous créons chaque année. Mais surtout, il voit dans cette proposition un outil démagogique, irréaliste et qui aurait des conséquences négatives comme autrefois la taxe sur les fenêtres.

François Bayrou identifie l’intelligence artificielle comme le plus grand défi de notre temps qui va à la fois provoquer un bond de productivité et menacer les métiers existants. Il rappelle alors la notion de destruction créative de Schumpeter. Mais à la différence des autres révolutions industrielles, celle-ci frappe vite et fort, il est difficile de s’y adapter et peut accélérer les inégalités. L’IA nécessite une refondation de notre éducation (et c’est l’ancien ministre de l’Education qui le dit), il s’agit de développer la culture générale des élèves pour qu’ils puissent se protéger sérieusement d’une « vassalisation intellectuelle » par l’IA. 

Si François Bayrou salue les efforts de régulation menés par l’Union Européenne, pour lui, ils ne sont pas suffisants : il faut une ambition industrielle et des investissements à la mesure. Quoi que l’on fasse, les progrès technologiques iront toujours plus loin et plus vite que l’on ne l’imagine.

Il termine cette partie en abordant la question de la transition écologique, un sujet qui inquiète les jeunes générations. Pour lui, on ne pourra pas réussir cette transition sans investissements massifs, dans le nucléaire mais aussi dans la géothermie. Il dénonce les partisans de la décroissance, une solution qui n’a jamais fonctionné depuis Malthus.

Sa dernière partie correspond à un projet de société pour la France. La situation actuelle est grave. La France peut encore se relever si elle choisit de faire une rupture. Afin de sortir de la crise de nos finances publiques et d’assurer un avenir aux générations futures, François Bayrou propose un plan en douze propositions :

  • Faire baisser la dette
  • Transformer la France en un pays de production
  • Créer un pacte entre les générations pour réduire les dépenses ordinaires
  • Créer une charte de souveraineté et assurer des efforts d’équipements militaires à long terme
  • Défendre notre patrimoine
  • Rassembler les forces politiques pour établir un large accord national
  • Faire de l’éducation une priorité
  • Redéfinir un contrat social
  • Mener un effort majeur pour l’intégration
  • Réévaluer la place du travail pour une plus grande autonomie personnelle
  • Mener une réflexion sur l’Etat et ses missions et proposer une nouvelle articulation entre collectivités
  • Réaffirmer la place de l’Union européenne, face aux Etats-continents

François Bayrou conclut son livre en appelant les Français à se ressaisir face à la menace d’une crise des finances publiques. Pour lui, il devient urgent d’agir et de proposer un projet de société à construire. Lui qui a été Haut-commissaire au plan (2020-2025), il appelle à la création d’institutions (un ministère chargé de défendre les générations à venir) pour travailler sur le temps long, l’unique moyen de proposer une vision pour une société nouvelle.

Notre analyse

On ne peut qu’être inquiet après la lecture d’ « Alerte sur la France qui vient », nos finances sont à la dérive, et pour éviter de foncer droit vers le mur d’une crise des finances publiques, nous devons changer notre modèle de société. Cela passe évidemment par un changement de paradigme : nous devons réduire nos dépenses et enfin réformer nos retraites.  Malheureusement, il n’est pas certain que le message de François Bayrou soit entendu. Durant une année électorale, peu de candidats déclareront qu’il faille réduire, -drastiquement-, nos dépenses. Ce n’est pas vu comme un moyen de séduire les électeurs, et pourtant, il est impossible de faire cette impasse. Sans réforme, nous pourrions tout perdre. C’est le message porté par François Bayrou. Pour le Président du Modem, nous sommes tous responsables de la situation actuelle, nous avons préféré ne pas voir. C’est un peu comme si nous continuions à dépenser sans regarder nos comptes bancaires mais en contractant des crédits à la consommation. On en est là, la France en est là. Notre endettement n’est pas causé par d’ambitieuses stratégies d’avenir, mais simplement par le fait que nous empruntons pour payer les fins de mois de la République française. Nous sommes dans une tragédie française, cette fois, mais comme dans Antigone, « personne n’aime le messager porteur de mauvaises nouvelles ». C’est malheureusement pour cela que certains Français se laisseront berner par des candidats qui appelleront à tirer un trait sur la dette de la France.

Le message de François Bayrou n’est pas séduisant, mais il n’a aucun intérêt à grossir le trait. Malheureusement, il a échoué à ramener la France et son budget dans les rails lorsqu’il était Premier ministre, la faute à des oppositions, qui ont préféré mentir. On le sent déçu et inquiet de cette situation. Il propose cependant des pistes pour que la France puisse se relever et éviter une crise chaque jour plus proche ; l’une des clés est de redonner l’espoir aux jeunes générations, mais avec un nouveau modèle, que l’on doit construire ensemble.

C’est un livre qui ouvre, qui peut aussi faire peur, mais dont la lecture est nécessaire pour faire les bons choix, et pour qu’enfin nous remettions à plat notre projet de société avant le désastre.

BAYROU, François. Alerte sur la France qui vient. Paris: Editions de l’Observatoire, 2026. 288 p.

François Bayrou, est une figure historique du centre français et le fondateur du MoDem. Ancien ministre de l’Éducation nationale, maire de Pau et haut-commissaire au Plan, il a été Premier ministre de décembre 2024 à septembre 2025.