Dans son nouveau livre, l’ancien président présente son projet pour la France. Comme le titre l’indique, il se pose comme un rassembleur, face aux menaces de l’extrême-gauche et de l’extrême-droite. C’est un véritable programme présidentiel que François Hollande dévoile dans son ouvrage, avec de nombreuses propositions. Si la primaire socialiste a désigné Raphaël Glucksmann comme candidat de centre gauche aux élections présidentielles, nul doute que François Hollande voudra compter lui aussi dans cette élection. Mais quelle est son ambition ? Celle de soutenir le candidat de « Place publique » , ou celle d’être candidat ?
Le résumé
François Hollande commence son livre par lister ses réussites et son « seul » échec : sa proposition de déchéance de nationalité pour les binationaux condamnés pour des actes terroristes. Mais contrairement à l’usage qui veut que les présidents de la République ne critiquent pas leur successeur, François Hollande porte un regard assez négatif sur Emmanuel Macron qui n’aurait pas respecté un contrat tacite avec les Français puisqu’il aurait été élu pour faire barrage à l’extrême-droite. Il revient sur les différentes crises qu’a connues le pays : celle des Gilets jaunes (qu’il ne condamne pas), celle du Covid-19, et la crise géopolitique que l’on connait, -avec un focus plus important sur Gaza que sur l’Ukraine-.
Pour unir la France et répondre aux grands défis auxquels elle fait face, François Hollande s’oppose à trois impasses que seraient la droite nationaliste, la droite libérale (dans laquelle il place Emmanuel Macron), et une gauche de la nouvelle France, faite d’une juxtaposition de multiples minorités. Seule une nouvelle gauche, -construite sur la social-démocratie ?-, permettra de rassembler le pays, et d’affronter les bouleversements du monde.
Pour cela, il faut avoir un projet à défendre, il faut « vouloir », c’est le titre de sa première partie. Il y fait de la jeunesse une priorité. Sa première préoccupation est de répondre au défi majeur de la dépopulation et du vieillissement de la population. Il faut encourager les naissances, par exemple à travers la mise en place de prêts à taux zéro pour les couples à l’occasion de la naissance de leur premier enfant, mais aussi d’un congé paternité obligatoire pour favoriser le partage des tâches, mais plus important encore il faut redonner confiance dans l’avenir, et construire un nouveau modèle. La dépopulation devrait redonner du travail à tous, -pour François Hollande, le chômage ne devrait plus être un problème-, si nous parvenons à gagner en productivité, nous devrions même avoir besoin de plus d’immigrés pour combler nos besoins en travailleurs. Mais il nous faut aussi mieux travailler et favoriser la formation tout au long de la vie.
Il nous faut aussi renforcer l’éducation. Il constate une détérioration du niveau de l’éducation en France comme cela transparaît dans le classement PISA. Il fait peser cette évolution en partie sur l’enseignement privé et souhaiterait une meilleure mixité sociale dans le privé avec l’instauration de quotas sociaux. Cette priorité donnée à l’éducation passe aussi par une revalorisation des salaires des enseignants et de manière générale des mesures pour rendre plus attractif le métier d’enseignant.
Il propose aussi d’importantes réformes de l’enseignement avec une place plus grande accordée au travail manuel à travers de nouvelles disciplines comme la menuiserie et la plomberie. Il souhaite aussi réduire les stéréotypes de genre pour accroître la présence des lycéennes dans les filières scientifiques. Parmi ses nombreuses propositions, on peut retenir la fin des stages de seconde qui pourraient être remplacés par une sorte d’Erasmus national » permettant à des collégiens ou à des lycéens de passer une semaine hors de son établissement dans une autre région de France. Dans cette transformation de l’enseignement, l’intelligence artificielle a son rôle à jouer, avec la mise en place de « précepteurs numériques » sous la tutelle du ministère. On sent chez François Hollande, un intérêt très fort pour ce sujet qu’est l’éducation.
Un autre point de cette partie concerne le travail. Pour lui, on ne se dirige pas vers la fin du travail, bien au contraire. Car le travail est une source d’ « estime de soi » et donne du sens à la vie. Mais aujourd’hui, les salaires stagnent, ce qui crée du mécontentement. Pour les Français, le travail ne paie plus. Assez malicieusement, François Hollande glisse qu’entre 2012 et 2017 (donc sous son mandat), les inégalités s’étaient réduites. Il veut donc augmenter les salaires en diminuant les cotisations salariales pour que ce ne soient pas uniquement les actifs qui portent le coût de notre système social (et en taxant plus les revenus financiers). S’il s’oppose à une TVA sociale, il souhaite tout de même relever le taux normal de TVA à 24%. François Hollande souhaite aussi donner plus de pouvoirs aux salariés dans les entreprises. Si la droite veut faire travailler plus les Français, lui, veut faire travailler davantage de Français, en s’attaquant à l’inactivité des plus jeunes, notamment les sans diplôme et les seniors qui peinent à rester en activité après 60 ans.
Un autre point important est de redonner sa place à l’industrie dans notre pays. Les usines sont aujourd’hui mal considérées dans l’imaginaire des Français, car « forcément polluantes », mais pour François Hollande, c’est la production industrielle qui fait la croissance. Nous avons une main-d’œuvre qualifiée, une capacité d’innovation forte, nous avons tous les atouts pour ne pas être en retard sur les autres puissances, mais nous devons revoir notre fonctionnement, notamment dans un système où le libre-échange (avec la Chine et d’autres pays) ne fonctionne plus. Pour cela, il faut arriver à convaincre l’Allemagne de mettre en place un protectionnisme ciblé tel que le prévoit le rapport Draghi. François Hollande identifie au moins trois atouts pour redonner du souffle à notre industrie : la transition écologique grâce à notre électricité peu chère, nos avancées en intelligence artificielle dont les applications doivent être déployées dans l’ensemble de nos entreprises, et aussi le contexte géopolitique actuel qui doit pousser les Européens à rechercher plus d’autonomie. Cependant, François Hollande n’oublie pas les « fardeaux » que nous devons porter à savoir notre déficit public, notre système fiscal qui pénalise la production et le financement de notre protection sociale.
Pour notre stratégie industrielle, François Hollande fixe plusieurs filières prioritaires que sont l’automobile, les industries bas-carbone (acier et ciment verts), les batteries, l’IA industrielle, la santé et les biotechnologies ainsi que la défense et les technologies duales. Ce sont dans ces secteurs que la France doit concentrer ses moyens financiers, notamment pour assurer sa souveraineté.
François Hollande ne fait pas l’impasse sur l’intelligence artificielle, il sait bien que notre réussite dans ce secteur sera déterminante pour notre avenir, il prévoit donc de préparer collectivement la société à son déploiement, afin que personne ne reste au bord du chemin. Il faut enseigner l’IA, former les salariés les plus exposés à ses bouleversements et encourager les champions français et européens.
Mais, d’un autre côté, -assez paradoxalement-, il propose de fiscaliser l’IA, pour qu’elle puisse contribuer à la solidarité nationale, ce qui est difficilement envisageable si l’on veut l’encourager ; il veut aussi mieux protéger les créateurs face à l’IA, et donc instaurer davantage de régulations au niveau européen.
Sa deuxième partie a pour titre « Protéger », et l’ancien président commence par la planète. Il n’oublie pas le rôle qu’il a joué pour la COP 21 et les accords de Paris. Assez justement, il note que la culpabilisation et l’accumulation de contraintes sont contreproductives et « braquent » les citoyens. Pour lutter effectivement contre le réchauffement climatique, François Hollande veut mette en place une planification, pour fixer un cap. Il aimerait aussi sortir du tout PIB et que l’on juge les performances d’une nation à l’aune d’autres indicateurs de bien-être, -sans mentionner que le Bhoutan le fait depuis plusieurs années déjà, avec très peu de résultats-. Mais chez François Hollande, écologie ne rime pas avec décroissance. Il veut une écologie productive, qui apporte du progrès aux Français. Cela passe notamment par l’électrification de nos usages, grâce à notre énergie nucléaire, et il veut lancer un chantier de production de voitures électriques bon marché à l’échelle européenne. A côté de mesures sérieuses, François Hollande propose aussi des « mesurettes », comme l’inclusion d’un compte carbone, pour tous les produits mis en vente. Compte tenu des changements apporté au DPE, ce type de mesure semble peu réaliste.
Pour mieux protéger nos ressources en eau, l’ancien président prévoit la création d’un nouvel organisme : une agence nationale de l’eau avec des comité « bassin » à l’échelle locale. On peut se demander pourquoi l’ADEME ne pourrait pas être chargée de traiter ce sujet. Il voudrait aussi instaurer une fiscalité sur l’alimentation pour encourager les consommateurs à opter pour des produits sains et non ou peu transformés.
Il se veut aussi un défenseur de l’Europe, et veut que les Français prennent conscience du fait que le monde a changé, la grande rupture étant l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Le lien transatlantique s’est cassé avec Donald Trump, il avait déjà été bien entamé sous Barack Obama, comme le remarque François Hollande. Dans ce contexte, nous devons préparer notre armée à une guerre de haute intensité, il nous faut aussi nous garder de sortir de l’OTAN, cette décision serait une « faute » pour François Hollande. Nous avons aussi besoin de renforcer les liens avec l’Allemagne pour améliorer l’interopérabilité entre nos deux armées. Notre souveraineté passe donc par plus d’Europe, et c’est en ce sens que les élections présidentielles de 2027 seront déterminantes pour notre avenir.
François Hollande rompt aussi avec le discours sur l’insécurité souvent porté à gauche. Il affirme que garantir la sécurité, « c’est la première mission de l’Etat régalien ». Et la violence a augmenté dans la société française. Ce sont les plus modestes les premières victimes. La gauche peut s’emparer des questions de sécurité, elle l’a fait avec les attentats terroristes. François Hollande qualifie aussi d’ « incontestable » le fait que les sanctions contre les mineurs soient insuffisantes. Fait intéressant : il se prononce contre la dépénalisation du cannabis, qui enverrait un message incohérent, et veut une nouvelle organisation de la police. François Hollande a bien compris que la sécurité est l’une des préoccupations majeures des Français, il veut une justice plus rapide, ce qui signifie plus de juges. Il désire aussi créer de nouveaux établissements pénitenciers.
Il considère que la situation de nos comptes publics est grave, ce qui menace l’avenir de tous les Français. Il est nécessaire de rééquilibrer nos comptes, il se donne cinq ans pour le faire. Sans cela, en 2032, le pays court à sa perte. Si pour François Hollande, il faut taxer les plus riches, la taxe Zucman n’est pas une solution, il ne faut pas taxer les actifs, mais les plus-values, il se distingue ainsi de nombre de ses collègues de gauche. François Hollande veut aussi agir sur nos dépenses, notamment les dépenses sociales, par exemple en réorganisation l’hôpital public et proposant de rembourser certains médicaments suivant les revenus de chacun.
Il n’oublie pas de s’intéresser aux retraites, en optant pour l’allongement de la durée de cotisation, tout en introduisant un système de capitalisation avec les partenaires sociaux.
Enfin, il note que la France « doit cesser de jouer les cigales de l’Europe » ; baisser nos contributions au budget européen comme le demandent certains, ne changerait rien, puisque cela voudrait dire moins de fonds européens, notamment pour nos agriculteurs.
François Hollande poursuit son programme en parlant de souveraineté. Il se prononce contre le protectionnisme et défend les valeurs du commerce international en évoquant le principe des avantages comparatifs de David Ricardo. Etre souverain, c’est être indépendant, pour notre énergie, l’IA, les terres rares, l’agriculture. Pour cela, François Hollande défend une souveraineté européenne et des financements mieux orientés, qui correspondent à une stratégie d’autonomie.
Il finit cette partie « Protéger » en proposant de nouvelles mesures sur la santé. Il constate que la confiance dans notre système de santé s’est dégradée. Il mise donc sur la prévention que ce soit en matière de consommation de stupéfiants, ou encore d’utilisation de pesticides qu’il veut interdire. Il désire aussi créer un fonds national pour la prévention de la santé environnementale, alimenté par une fiscalité comportementale sur les produits dont il convient de dissuader la consommation. De même, il veut que les jeunes puissent bénéficier d’une consultation annuelle chez un psychologue.
Face aux menaces de déserts médicaux (un terme qu’il récuse), François Hollande veut moduler la rémunération des médecins suivant les populations et les lieux d’exercices. Enfin, François Hollande veut aussi responsabiliser les patients en instaurant un reste à charge limité qui évoluerait en fonction de les revenus.
Sa troisième partie, qui reprend le titre de son livre « Unir », commence par une réflexion sur les institutions françaises. Pour François Hollande, il ne faut pas de VIe république, car les partis politiques français sont incapables de construire des coalitions, même s’il reconnait les défauts du présidentialisme de la Ve. Mais nos institutions ont montré leur robustesse, il faut « simplement » que Matignon gouverne à nouveau, et que le Président fixe un cap.
François Hollande note le « désolant spectacle » que donne l’Assemblée nationale, qui fait de l’obstruction en multipliant les amendements, en allongeant les débats, alors que le temps est pourtant précieux.
Il souhaite un retour du cumul des mandats, au moins pour les sénateurs afin de conserver un lien plus fort avec les territoires. Mais surtout il souhaite plus d’autonomie pour les territoires, notamment pour les outre-mer, pour les rendre plus efficaces sur des sujets qui touchent directement les Français, comme le logement ou l’écologie. Un référendum pourrait être organisé sur ce sujet.
Un autre point abordé dans cette partie est celui de l’immigration. Tout d’abord, François Hollande réfute une pseudo-submersion migratoire en France, qui se place dans la moyenne des pays européens. Mais, il note que ce sont les plus modestes qui font face aux conséquences de l’immigration quand celle-ci n’est ni régulée, ni répartie. Pour lui, c’est au niveau européen qu’une régulation doit se faire.
François Hollande insiste sur le fait que le travail est facteur d’intégration, mais il faut aussi faire respecter la loi : les OQTF doivent être appliquées, le droit d’asile ne doit pas être dévoyé et seuls les « vrais mineurs » doivent être réellement protégés. Il insiste aussi sur la laïcité dont le principe ne doit jamais être remis en cause, d’aucune manière.
Il poursuit son propos en abordant la culture et le constat qu’il y a une concentration des médias dans les mains de quelques personnes, -souvent très conservatrices-. C’est pour cela qu’il souhaiterait que les journalistes aient un droit de regard sur la direction de leur rédaction. Il souhaiterait aussi que les libraires indépendants reçoivent plus d’aides. François Hollande se prononce aussi pour la défense du service public de l’audiovisuel, et s’oppose aux baisses de financement de la culture ; au contraire, ces budgets devraient être sanctuarisés, et l’exception culturelle chère à la France devrait s’appliquer au niveau européen.
Il finit cette partie en s’exprimant sur la fraternité, l’un des principes de notre devise, qui fait la force de notre pays. Il veut encourager l’engagement, par exemple en développant un nouveau service citoyen, mais aussi en renforçant la reconnaissance de l’économie sociale et solidaire. Un point important est aussi consacré à nos politiques publiques qui parfois se focalisent trop sur les chiffres et pas assez sur l’humain. Pour lui, le prochain président devra ainsi combattre l’isolement qui touche de plus en plus les personnes âgées, mais aussi revoir la politique de l’aide sociale à l’enfance.
Sa courte conclusion n’annonce pas sa candidature aux prochaines élections présidentielles mais insiste sur le besoin d’une France unie et forte autour d’un programme clair, mais ambitieux, et on sent François Hollande capable et volontaire pour le porter.
Notre analyse
Qui aurait pu imaginer que François Hollande puisse revenir sur la scène politique nationale après la fin de son mandat en mai 2017 ? Il était alors si peu populaire qu’il renonçait à se présenter pour un second mandat. Il se retire, un temps, de la vie politique, pour revenir en 2024 en tant que député de la Corrèze. S’il a bien félicité Raphaël Glucksmann après son élection à la primaire socialiste, il pourrait cependant se présenter comme une alternative si Glucksmann peinait à rassembler à gauche.
Dans son livre « Unir », François Hollande formule de multiples propositions, qui prises ensemble, ressemblent beaucoup à un programme.
Assez étrangement, il parle peu de ce qu’il a réalisé lorsqu’il était président, son propos est presque exclusivement tourné vers l’avenir.
Ses positions, notamment sur la sécurité, les finances publiques, tranchent assez nettement avec ce que proposent généralement les dirigeants de gauche et d’extrême-gauche. Il n’est pas vraiment là pour faire rêver ses électeurs mais pour proposer un programme assez réaliste qui fait la synthèse et qui est donc capable d’unir au-delà de son camp, mais l’ensemble reste un peu flou sur certains points comme les retraites. On trouve un dirigeant attaché aux valeurs de la France, qui croit en l’Europe et en la souveraineté de notre continent. De manière assez surprenante, on découvre chez l’ancien président, un adepte de l’intelligence artificielle qu’il veut appliquer partout, cela montre au moins qu’il a compris les enjeux des nouvelles technologies, -même s’il est moins clair sur la régulation et la fiscalité de ce secteur-.
On retrouve cependant sur de nombreux points, des mécanismes, que certains pourraient qualifier « d’usines à gaz », tels que son projet de fiscalité sur les produits « mauvais pour la santé ». Mais dans l’ensemble, on est sur un projet relativement solide qui pourrait satisfaire, et rassurer, une large base de l’électorat face à l’extrême-gauche et la droite nationaliste. Il a aussi l’avantage de l’expérience, et même parmi ses adversaires, son courage et son sang-froid face aux attentats de 2015 ont été applaudis. Il s’est comporté comme un vrai homme d’Etat.
Ce livre est celui d’un homme qui veut s’engager, directement ou indirectement, dans les prochaines élections présidentielles, et qui pourrait rassembler autour de lui.
HOLLANDE, François. Unir : nouveau monde, nouvelle gauche. Paris Robert Laffont, 2026, 304 P.
François Hollande a exercé les fonctions de président de la République française de 2012 à 2017. C’est le deuxième dirigeant du Parti Socialiste à atteindre la fonction suprême après François Mitterrand. Il est aujourd’hui député de Corrèze.


